
La littérature, ou le sexe fantômePhilip Roth poursuit depuis quelques années une oeuvre plus méditative. Paru en 2009, Exit le fantôme est une remarquable réussite romanesque et une réflexion subtile sur l’essence du désir et de la mort. Cet essai en fait ressortir l’importance au regard du reste de l’oeuvre et montre comment il constitue également une défense de la littérature, en tant que savoir érotique qui interpelle la part la plus intime de la nature humaine.

À partir de l’oeuvre de Milan Kundera et de Michel Houellebecq, une étude des liens qui unissent le tourisme occidental et le terrorisme islamiste. Sous des formes certes extrêmement différentes, le touriste et le terroriste partagent par bien des côtés une même quête de l’idylle. Qu’en est-il de cette quête et que nous dit-elle sur l’état de la culture et du désir, en Occident et ailleurs ?

(Chronique publiée dans le numéro de juin 2013 de L’Inconvénient. Sur Une fille, qui danse de Julian Barnes et Home de Toni Morrison)
Il ne faut surtout pas le dire à mes collègues de L’Inconvénient, mais ma foi en le roman faiblit. Ce genre qui excitait mon enthousiasme dans ma jeunesse suscite désormais chez moi une sorte d’impatience intellectuelle dont il serait tentant de me faire grief en alléguant mon rôle de chroniqueur littéraire affecté au roman français et étranger… Calmons-nous, ce n’est peut-être que passager. Le blasé ne devrait pas perdre, du fait de sa déprime, le droit de cité dans la République des Lettres. Il a droit de vivre et de s’exprimer en conservant ses titres de respectabilité critique. Car qui sait si sa déprime ne dit pas quelque chose d’essentiel sur la condition du lecteur littéraire, ce drôle d’animal préhistorique qui continue de survivre contre tous les pronostics au milieu de la civilisation des écrans ?
Certes, je reste le lecteur admiratif d’un Kundera ou d’un Styron, d’un Philip Roth ou d’un Proust, mais à moins qu’un nouveau talent de ce niveau n’émerge sur le marché je ne puis parcourir qu’avec la plus grande défiance les nouveautés en librairie. J’ai l’impression que la graphomanie contemporaine a fait du roman son exutoire attitré et que n’importe quel prétexte est bon pour produire une « histoire ». Les écrivains ci-haut cités ont tous une conception du roman différente mais ils ont tous exprimé par le roman une vérité qui serait restée sans lui inaccessible. C’est du reste la seule raison qui justifie l’existence d’un roman. Pourquoi prendre des détours, s’échiner sur des intrigues compliquées et écrire en 250 pages ce qui aurait très bien pu être dit dans une nouvelle bien ficelée d’une dizaine de pages ou dans une petite méditation philosophique de 2 pages ?


Comment la génération X négocie-t-elle son rapport à la révolution sexuelle ? Dans le cadre d’un dossier de la revue Argument sur les téléséries québécoises, ce court essai décortique la populaire télésérie C. A. et en propose une interprétation à la fois empathique et amusée.

Le récit satirique d’une épopée ordinaire dans les dédales du système de santé québécois. Marasme bureaucratique et barbarie au menu. « Le Principe d’Inertie, me disais-je, est un et indivisible. Il est au Québec ce que la Phénoménologie de l’esprit est à l’Allemagne. »


26 mai 2013 – L’émission Les années lumière (Radio-Canada) diffuse l’enregistrement de « Quand la soft porn était érotique », court essai écrit dans le cadre de la série « Les écrivains et la science » du site web Zone d’écriture. On peut retrouver tous les textes de cette série en cliquant ici.
2 mai 2013 – En kiosque, le nouveau numéro d’Argument (15-2) : le peuple selon la CLASSE, dossier dirigé par Éric Bédard ; la révolution numérique : utopies et réalités, dossier dirigé par Carl Bergeron ; rubrique Autour d’un livre sur La mesure de l’homme de Daniel D. Jacques ; rubrique Figures de pensée sur François-Xavier Garneau ; Tribune libre par Simon Martin ; Contribution libre par Esther Benfredj.


Né en 1980 au Québec, Carl Bergeron est diplômé en science politique et en littérature française de l’Université de Montréal.
Essayiste polyvalent, à l’aise dans la chronique comme dans l’essai approfondi, il s’intéresse à tous les sujets, de la culture (populaire ou savante) à la politique, en passant par les phénomènes de société les plus divers.
Engagé dans la vie intellectuelle québécoise, il est membre du comité de rédaction des revues Argument et L’Inconvénient.

Ce que je reproche à l’égalité, ce n’est pas d’entraîner les hommes à la poursuite des jouissances défendues ; c’est de les absorber entièrement dans la recherche des jouissances permises.
Ainsi, il pourrait bien s’établir dans le monde une sorte de matérialisme honnête qui ne corromprait pas les âmes, mais qui les amollirait et finirait par détendre sans bruit tous leurs ressorts.
Quiconque, par distraction ou incompétence, arrête tant soit peu l’humanité dans sa marche, en est le bienfaiteur.